Publié le 15 mai 2024

Le cash-flow net le plus élevé à Montréal ne dépend pas du type d’immeuble, mais de la maîtrise de leviers juridiques et fiscaux souvent ignorés.

  • L’immobilier commercial offre une protection supérieure contre les mauvais payeurs grâce à des baux plus flexibles, contournant les longs délais du Tribunal administratif du logement (TAL).
  • La structure de détention via une holding de gestion est le levier le plus puissant pour multiplier la capacité d’investissement et optimiser la fiscalité à long terme.

Recommandation : Évaluez chaque opportunité à travers le prisme de sa structure de bail et de son potentiel de refinancement créatif, bien avant de vous fier uniquement au multiplicateur de revenus bruts (MRB).

L’éternel dilemme de l’investisseur immobilier à Montréal : faut-il privilégier la stabilité apparente d’un plex résidentiel ou le rendement potentiellement plus élevé d’un local commercial ? La discussion tourne souvent autour de deux indicateurs : le Multiplicateur de Revenu Brut (MRB) pour le résidentiel et le taux de capitalisation (Taux de Cap) pour le commercial. Ces ratios, bien qu’utiles, ne sont que la pointe de l’iceberg. Ils mesurent un potentiel de revenu brut, ignorant les frictions bien réelles qui peuvent éroder drastiquement votre cash-flow net.

La véritable performance ne se cache pas dans ces chiffres de surface. Elle réside dans la maîtrise de leviers invisibles, mais infiniment plus puissants : la structure juridique du bail, les subtilités du financement, l’optimisation fiscale et la stratégie de détention de l’actif. Un investisseur avisé comprend qu’un rendement affiché de 7% peut rapidement fondre à 3% nets si un locataire résidentiel cesse de payer pendant un an, tandis qu’un rendement de 5% sur un local commercial peut être bien plus sécuritaire et prévisible.

Cet article va au-delà de la simple comparaison des rendements bruts. Nous allons décortiquer, point par point, les mécanismes financiers, juridiques et fiscaux qui déterminent le véritable cash-flow qui aboutira dans vos poches. Oubliez les débats de surface ; nous allons analyser les rouages qui permettent aux investisseurs chevronnés de surperformer le marché, que ce soit avec un triplex sur le Plateau ou un espace de bureau pour une start-up en intelligence artificielle.

Pour naviguer cette analyse complexe, nous avons structuré ce guide autour des questions stratégiques que tout investisseur devrait se poser. Chaque section aborde un levier clé, vous fournissant une grille d’analyse comparative pour prendre une décision éclairée, fondée sur le cash-flow net réel et non sur des estimations théoriques.

MRB vs Taux de capitalisation : quel ratio utiliser pour ne pas surpayer un immeuble ?

Le Multiplicateur de Revenu Brut (MRB) et le Taux de Capitalisation (TGC ou « Taux de Cap ») sont les premiers outils d’évaluation. Le MRB, utilisé pour les plex, divise le prix de vente par les revenus bruts annuels. Un MRB de 15 signifie que vous payez 15 fois les revenus annuels. Le TGC, pour le commercial, divise le revenu net d’exploitation par le prix de vente. Ces ratios offrent un aperçu rapide, mais ils sont trompeurs car ils ignorent les dépenses d’exploitation et, surtout, le risque locatif.

Un plex avec un excellent MRB peut s’avérer un gouffre financier si les charges (taxes, assurances, entretien) sont élevées ou si les locataires sont instables. À l’inverse, un local commercial avec un TGC moins attractif peut offrir un cash-flow plus stable grâce à un bail « triple net », où le locataire assume la majorité des dépenses. Payer un prix élevé pour un actif, comme un triplex qui peut coûter 856 938 $ sur le Plateau Mont-Royal selon les données de 2024, ne se justifie que si le revenu NET est sécurisé et optimisé.

La véritable analyse commence là où ces ratios s’arrêtent. Il faut systématiquement recalculer un TGC normalisé pour les deux types de propriétés. Pour un plex, cela signifie déduire toutes les dépenses réelles et potentielles (incluant une provision pour vacance et mauvais payeurs) des revenus bruts avant de comparer. C’est le seul moyen de comparer des pommes avec des pommes et d’identifier la véritable rentabilité nette.

Régie du logement (TAL) : comment éviter les délais de 12 mois pour expulser un mauvais payeur ?

C’est ici que se joue l’un des plus grands arbitrages entre résidentiel et commercial à Montréal : la gestion du risque de non-paiement. Le Tribunal administratif du logement (TAL) est conçu pour protéger les locataires résidentiels. En cas de non-paiement, une procédure d’expulsion peut facilement s’étirer sur 8 à 12 mois, période durant laquelle vous ne percevez aucun loyer tout en continuant de payer vos charges et votre hypothèque. Ce risque représente une menace directe et significative pour votre cash-flow.

L’immobilier commercial, en revanche, est régi par le Code civil du Québec et, surtout, par le contrat de bail. Un bail commercial bien rédigé inclut des clauses de résiliation claires en cas de défaut.

Étude de Cas : L’avantage décisif du bail commercial

Une analyse comparative des procédures au Québec montre qu’un propriétaire commercial peut souvent reprendre possession de son local en 30 à 60 jours suite à un défaut de paiement, contre plus d’un an pour un bail résidentiel. Cette différence fondamentale de rapidité protège le cash-flow de l’investisseur commercial et réduit drastiquement le risque financier lié aux mauvais payeurs.

Pour l’investisseur choisissant le résidentiel, une stratégie de prévention devient donc non-négociable. Il ne s’agit pas seulement de choisir un locataire, mais d’implémenter un processus de sélection de calibre professionnel pour minimiser le risque d’avoir à utiliser le TAL.

Processus de sélection rigoureux de locataires avec vérifications multiples

Ce processus rigoureux est votre meilleure assurance contre les pertes de revenus.

Plan d’action : Votre processus de sélection anti-TAL

  1. Vérification approfondie : Utiliser des services québécois spécialisés comme Oligny & Thibodeau pour une enquête de crédit et d’antécédents complète.
  2. Consultation des archives : Consulter systématiquement les archives publiques du TAL pour vérifier l’historique de litiges du candidat.
  3. Validation des références : Contacter et valider obligatoirement les références des deux derniers propriétaires pour s’informer sur le comportement de paiement.
  4. Analyse du ratio d’endettement : S’assurer que le loyer ne représente pas plus de 30% du revenu brut mensuel du candidat.
  5. Entrevue structurée : Mener une entrevue en personne avec une grille d’évaluation standardisée pour évaluer la fiabilité et le sérieux du candidat.

Assurance SCHL (APH Select) : comment financer des rénovations énergétiques sur 50 ans ?

Le financement est un autre levier stratégique majeur. Pour les immeubles locatifs résidentiels, le programme APH Select de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) a changé la donne. Il permet aux investisseurs qui s’engagent dans l’efficacité énergétique, l’accessibilité et l’abordabilité d’obtenir des conditions de financement exceptionnelles, notamment des périodes d’amortissement allant jusqu’à 50 ans et des ratios prêt-valeur plus élevés.

Un amortissement plus long réduit considérablement les paiements hypothécaires mensuels, augmentant mécaniquement le cash-flow net. Cela peut rendre un plex, même avec un prix d’achat élevé, beaucoup plus rentable sur une base mensuelle qu’un local commercial financé sur une période standard de 20 ou 25 ans. C’est un avantage compétitif quasi exclusif au résidentiel locatif. D’un point de vue général, les analyses de marché montrent souvent une rentabilité brute légèrement supérieure pour le commercial (4-8%) par rapport au résidentiel (3-5%), mais des programmes comme APH Select peuvent totalement inverser cette tendance en termes de cash-flow net.

Cependant, le marché commercial montréalais possède ses propres forces d’attraction, notamment une demande locative soutenue dans des secteurs de pointe. Comme le souligne une analyse de marché récente, l’écosystème local est un puissant moteur pour la demande d’espaces commerciaux et de bureaux :

Le secteur des sciences de la vie est en pleine effervescence à Montréal. Les universités montréalaises, les secteurs des sciences de la vie et de l’intelligence artificielle sont en synergie.

– Ruth Fischer, CBRE Québec – Perspectives 2024

Cette dynamique assure un bassin de locataires commerciaux de qualité, un facteur clé pour sécuriser les revenus à long terme.

Amortissement de l’immeuble (DPA) : l’erreur de le réclamer si vous comptez revendre bientôt

La fiscalité est un puissant levier, et la Déduction pour Amortissement (DPA) en est l’exemple parfait. La DPA vous permet de déduire une partie de la valeur de l’immeuble (le bâtiment, pas le terrain) de vos revenus locatifs chaque année, réduisant ainsi votre impôt à payer et augmentant votre cash-flow annuel. Cela semble être une évidence, mais c’est une arme à double tranchant.

L’erreur stratégique que beaucoup d’investisseurs commettent est de réclamer la DPA sans considérer leur horizon de revente. Au moment de la vente de l’immeuble, vous devrez rembourser l’intégralité de la DPA réclamée au fil des ans. C’est ce qu’on appelle la récupération d’amortissement, et ce montant est imposé à 100% à votre taux marginal. Si vous vendez après seulement 5 ans, cet impact fiscal peut annuler, voire dépasser, les économies d’impôt réalisées.

La décision de réclamer ou non la DPA est donc purement stratégique et dépend de votre plan à long terme. Si vous prévoyez de conserver l’immeuble sur 20 ou 30 ans, la DPA est un outil formidable pour le cash-flow. Si vous envisagez une revente à moyen terme, il est souvent plus judicieux de ne pas la réclamer et de ne payer de l’impôt que sur 50% du gain en capital.

Visualisation des impacts fiscaux de la déduction pour amortissement sur un investissement immobilier

Le tableau suivant illustre l’impact de cette décision sur deux scénarios d’investissement.

L’analyse comparative montre clairement que la DPA est un choix tactique qui doit s’aligner sur la stratégie de sortie de l’investisseur.

Impact de la DPA sur la revente après 5 ans
Scénario 4-plex (500K $) Local commercial (400K $) Impact fiscal à la revente
Avec DPA réclamée Économie annuelle : ~8K $ Économie annuelle : ~6K $ Récupération d’amortissement (imposable à 100%) + Gain en capital (50%)
Sans DPA réclamée Aucune économie annuelle Aucune économie annuelle Gain en capital seulement (imposable à 50%)

REITs (FPI) : est-ce aussi rentable que de posséder la brique sans les appels de toilette à minuit ?

Pour l’investisseur qui cherche à s’exposer à l’immobilier sans la gestion quotidienne, les Fonds de Placement Immobilier (FPI, ou REITs en anglais) semblent être la solution idéale. Ils offrent une liquidité, une diversification et une gestion professionnelle. Cependant, en termes de création de richesse et de cash-flow, l’investissement direct dans la « brique » conserve des avantages structurels majeurs : le levier financier et le contrôle de l’actif.

Lorsque vous achetez un FPI, vous achetez une action ; vous ne bénéficiez pas directement du levier de l’hypothèque qui multiplie votre capital. En détenant l’immeuble, vous contrôlez 100% d’un actif de 800 000 $ avec une mise de fonds de 160 000 $, ce qui amplifie les gains. De plus, vous avez le pouvoir d’optimiser l’actif (rénovations, augmentation des loyers) pour forcer l’appréciation de sa valeur, chose impossible avec un FPI.

Fait intéressant, les FPI sont eux-mêmes des acheteurs majeurs sur le marché des plex montréalais, ce qui valide la thèse d’investissement. L’appétit institutionnel pour ces actifs est énorme, comme le montrent les chiffres récents. Le marché a vu près de 4 milliards de dollars de transactions multifamiliales en 2024, une augmentation significative qui témoigne de la confiance des grands joueurs. Un exemple notable est la transaction où KingSett Capital et Starlight Investments ont vendu 74 immeubles d’appartements, illustrant la liquidité et l’intérêt stratégique pour les actifs multifamiliaux, particulièrement ceux en banlieue avec un potentiel d’optimisation des loyers.

La conclusion est claire : si les FPI sont une excellente option pour une exposition passive, l’investissement direct, malgré sa complexité, offre un potentiel de rendement net et de création de capital à long terme inégalé, précisément parce qu’il vous donne accès aux leviers (financier, opérationnel, fiscal) que nous détaillons dans cet article.

Renouvellement hypothécaire : comment éviter une hausse de 400 $ mensuels sur vos paiements ?

Le choc du renouvellement hypothécaire est l’un des plus grands risques pour le cash-flow d’un investisseur. Si vous avez financé un immeuble avec un taux fixe de 3% et que vous devez renouveler à 5%, l’impact sur vos paiements mensuels peut être brutal et anéantir votre marge bénéficiaire. Une hausse de 2 points de pourcentage sur une hypothèque de 500 000 $ peut représenter une augmentation de près de 900 $ par mois, bien plus que les 400 $ souvent cités.

La stratégie proactive pour contrer ce risque est le refinancement stratégique. Au lieu d’attendre passivement le terme de votre hypothèque, un investisseur avisé travaille constamment à augmenter la valeur de son immeuble par des rénovations et des optimisations de revenus. Une fois que la valeur de l’immeuble a augmenté de manière significative, il devient possible de le refinancer auprès d’une banque sur la base de cette nouvelle valeur plus élevée.

Ce refinancement permet non seulement de potentiellement obtenir un meilleur taux, mais surtout d’extraire des liquidités (cash-out refinance) qui peuvent être utilisées pour d’autres investissements ou pour créer un fonds de prévoyance. En gérant activement le cycle de financement, vous transformez une menace (la hausse des taux) en une opportunité (l’extraction de capital), une tactique qui est au cœur de l’accélération du portefeuille immobilier.

Juste valeur (Fair Value) : pourquoi vos actifs immobiliers vont soudainement changer la valeur de votre bilan ?

Le concept de « Juste Valeur » (Fair Value) est une notion comptable qui a un impact très concret sur votre capacité d’investissement, surtout si vous détenez vos immeubles via une société de gestion (holding). Historiquement, un actif immobilier était inscrit au bilan à son coût d’acquisition. Aujourd’hui, les normes comptables permettent de réévaluer périodiquement ces actifs à leur juste valeur marchande.

Ce changement n’est pas qu’un jeu d’écritures. Lorsque vous faites évaluer votre immeuble et que sa valeur passe de 500 000 $ (coût d’achat) à 700 000 $ (juste valeur), l’actif de votre bilan augmente de 200 000 $. Cette augmentation de la valeur de votre bilan renforce considérablement votre solidité financière aux yeux des prêteurs. Une entreprise avec un bilan plus solide a une meilleure capacité d’emprunt.

C’est ce mécanisme qui alimente la stratégie de refinancement vue précédemment. La banque ne vous prête pas sur la base de ce que vous avez payé, mais sur ce que l’actif vaut aujourd’hui. En documentant officiellement cette nouvelle « juste valeur » via une évaluation professionnelle, vous donnez à votre banquier la justification nécessaire pour augmenter votre marge de crédit ou vous accorder un nouveau prêt, débloquant ainsi le capital « piégé » dans votre équité.

À retenir

  • Le bail commercial est un avantage stratégique majeur, offrant une protection du cash-flow bien supérieure au bail résidentiel en cas de défaut de paiement.
  • La Déduction pour Amortissement (DPA) n’est pas une évidence : c’est un choix tactique dont la pertinence dépend exclusivement de votre horizon de revente.
  • La structure de détention via une holding n’est pas une simple optimisation fiscale ; c’est un puissant multiplicateur de la vélocité du capital et de la capacité d’investissement.

Holding de gestion : comment l’utiliser pour multiplier votre capacité d’investissement immobilier ?

Nous arrivons au levier ultime, celui qui chapeaute tous les autres : la structure de détention. Détenir vos immeubles à revenu en nom propre est simple, mais c’est aussi le moyen le plus rapide de plafonner votre croissance. La holding de gestion est la structure privilégiée par les investisseurs sérieux pour une raison simple : elle transforme un ensemble d’immeubles en un véritable écosystème d’investissement.

Premièrement, elle crée une barrière juridique. Les dettes et les risques de chaque immeuble sont cloisonnés, protégeant vos actifs personnels et les autres propriétés. Deuxièmement, elle offre une flexibilité fiscale incomparable, permettant de reporter l’impôt, de fractionner le revenu et de planifier une transmission d’entreprise bien plus efficace qu’une simple succession. Mais son pouvoir le plus grand est sa capacité à créer une vélocité du capital.

La holding, en tant que société, peut accumuler les profits, réinvestir les liquidités issues des refinancements et utiliser la force de son bilan consolidé pour négocier des conditions de financement bien plus avantageuses. Elle devient une machine à acquérir de nouveaux actifs.

Étude de Cas : L’effet multiplicateur de la holding

Un investisseur achète un plex via sa holding. Après deux ans d’optimisation (hausse des loyers, rénovations mineures), la valeur de l’immeuble est réévaluée. Le refinancement sur cette nouvelle valeur dégage 100 000 $ de liquidités. Conservées dans la holding, ces liquidités servent de mise de fonds pour un deuxième immeuble. Sans la holding, ces 100 000 $ auraient été extraits en nom propre, déclenchant un impôt immédiat et réduisant le capital disponible pour la croissance.

Que vous choisissiez le plex ou le commercial, la véritable question n’est pas tant le type d’actif que la structure dans laquelle vous allez le faire croître. La holding est le véhicule qui vous permettra de passer du statut d’investisseur à celui d’opérateur immobilier stratégique.

Pour décupler votre potentiel, l'intégration d'une holding de gestion dans votre stratégie est une étape incontournable.

En définitive, l’analyse du meilleur investissement entre un plex et un local commercial dépasse largement les simples ratios. Pour bâtir un portefeuille résilient et performant à Montréal, il est impératif de raisonner en stratège financier, en évaluant chaque opportunité à travers le prisme des leviers juridiques, fiscaux et financiers. L’étape suivante consiste à appliquer cette grille d’analyse à des opportunités concrètes sur le marché.

Rédigé par Isabelle Fortin, Stratège en investissement immobilier et experte en financement hypothécaire commercial. Elle se spécialise dans l'acquisition de multilogements (Plex), la réglementation de la SCHL et la gestion des baux sous la juridiction du TAL.