Publié le 12 mars 2024

Contrairement à l’idée reçue, le portefeuille 60/40 n’est pas seulement en crise, son principe fondateur de diversification est une illusion.

  • La corrélation historiquement négative entre actions et obligations s’est inversée en 2022, invalidant la protection promise.
  • La robustesse d’un portefeuille moderne ne vient plus d’une répartition statique, mais de l’activation de trois leviers : diversification structurelle, monétaire et fiscale.

Recommandation : Abandonnez la dépendance passive au 60/40 et adoptez une construction de portefeuille stratégique et active, centrée sur l’efficience fiscale et l’accès à des sources de rendement non corrélées.

Pour des générations d’investisseurs, la règle du 60/40 était l’alpha et l’oméga de la construction de portefeuille. L’idée, d’une simplicité biblique, consistait à allouer 60% de son capital en actions pour la croissance et 40% en obligations pour la sécurité et le revenu. Lorsque les actions chutaient, les obligations, perçues comme un havre de paix, prenaient le relais. Ce dogme a fonctionné, jusqu’à ce qu’il ne fonctionne plus. L’année 2022 a été un électrochoc, voyant les deux classes d’actifs plonger de concert, laissant les portefeuilles dits « équilibrés » orphelins de toute protection. Cet événement n’était pas un simple accident de parcours ; il a exposé la faille fondamentale de cette stratégie passive.

Les discussions habituelles se contentent de constater les dégâts ou de suggérer des ajustements cosmétiques, comme l’ajout d’un peu d’or ou d’immobilier. Mais si la véritable erreur n’était pas dans les pourcentages, mais dans le diagnostic même de ce qu’est la diversification ? La croyance en une corrélation négative stable entre actions et obligations s’est révélée être une béquille fragile dans un environnement de taux changeant et d’inflation persistante. La véritable robustesse d’un portefeuille ne réside plus dans une simple répartition entre deux actifs cotés, mais dans une approche multidimensionnelle. Elle exige une diversification plus profonde et plus intentionnelle.

Cet article remet en cause le statu quo. Nous n’allons pas pleurer la mort du 60/40, mais plutôt disséquer les causes de sa faillite pour en tirer des leçons actionnables. L’objectif est de vous armer d’une nouvelle grille de lecture pour construire un portefeuille véritablement résilient, en activant trois leviers souvent négligés par l’investisseur particulier : la diversification structurelle via les actifs alternatifs liquides, la diversification monétaire pour contrer le biais domestique canadien, et l’efficience fiscale active, un puissant moteur de rendement net. Il est temps de passer d’une allocation passive subie à une architecture de patrimoine choisie.

Pour vous guider dans cette refonte stratégique, nous analyserons les erreurs du passé pour définir les nouvelles règles de l’allocation d’actifs moderne. Ce guide pratique vous montrera comment naviguer dans le paysage d’investissement actuel et construire un portefeuille adapté aux défis de demain.

Obligations et hausse de taux : l’erreur qui a fait perdre 15% aux portefeuilles conservateurs

Le pilier « sécurité » du portefeuille 60/40 a toujours été sa composante obligataire. Pendant des décennies, les obligations d’État étaient l’antidote parfait à la volatilité des marchés actions. Mais en 2022, cet antidote est devenu un poison. La raison est simple : la relation inverse entre les taux d’intérêt et le prix des obligations. Lorsque les banques centrales, face à une inflation galopante, ont agressivement relevé leurs taux directeurs, la valeur des obligations existantes, qui offraient des rendements bien plus faibles, s’est effondrée. Les investisseurs qui pensaient détenir un actif sans risque ont subi des pertes à deux chiffres, parfois pires que celles de leurs actions.

Cette débâcle n’est pas sortie de nulle part. Elle est l’aboutissement d’une décennie de politique monétaire ultra-accommodante qui a écrasé les rendements. Pour mettre les choses en perspective, la chute des rendements obligataires a été spectaculaire, passant par exemple de 2,5% en 2018 à 0,5% en 2020 pour certaines obligations gouvernementales canadiennes. Ce contexte de taux artificiellement bas a rendu les obligations extrêmement sensibles à la moindre remontée des taux. Le risque de duration, un concept souvent ignoré des investisseurs particuliers, est devenu une réalité douloureuse. Plus la durée d’une obligation est longue, plus sa valeur chute violemment lorsque les taux montent.

L’erreur fondamentale n’était pas de détenir des obligations, mais de croire qu’elles offriraient une protection inconditionnelle, indépendamment de l’environnement de taux. Les portefeuilles conservateurs, lourdement investis dans des FNB d’obligations à long terme, ont été les plus pénalisés. Ils ont appris à leurs dépens que la « sécurité » n’est jamais absolue et que la diversification ne fonctionne que si les actifs ne réagissent pas aux mêmes chocs économiques de la même manière.

Corrélation des actifs : l’erreur de penser que l’Or et les Actions montent toujours à l’opposé

Le principe du portefeuille 60/40 repose entièrement sur une hypothèse : la corrélation négative entre les actions et les obligations. Autrement dit, quand l’un baisse, l’autre monte, lissant ainsi la performance globale. Historiquement, cette relation a souvent été vraie. En période de stress économique, les investisseurs se réfugient dans la sécurité perçue des obligations d’État, faisant monter leur prix tandis que les actions chutent. Cependant, croire cette corrélation immuable est une erreur de débutant aux conséquences potentiellement dévastatrices. L’année 2022 en est la preuve flagrante.

Dans un contexte de forte inflation et de resserrement monétaire rapide, les deux classes d’actifs ont été frappées par le même mal. La hausse des taux a pénalisé les obligations (comme nous l’avons vu) mais aussi les actions, en augmentant le coût du capital pour les entreprises et en réduisant la valeur actuelle de leurs bénéfices futurs. Résultat : actions et obligations ont chuté de concert. Cet événement, bien que rare, n’est pas sans précédent. Une analyse historique de Russell Investments montre que ce n’est arrivé que 3 fois seulement en 50 ans où actions et obligations ont baissé simultanément. Rare, mais pas impossible. Le problème est que le modèle 60/40 est construit comme si c’était impossible.

Cette réalité de la corrélation dynamique, qui change en fonction de l’environnement macroéconomique, invalide l’approche passive de la diversification. Roger Aliaga-Díaz, économiste en chef chez Vanguard, a parfaitement résumé la situation dans une étude sur le sujet. Il souligne que la convergence de facteurs défavorables a rendu la diversification traditionnelle totalement inefficace. Comme il l’explique :

Cette avalanche de facteurs défavorables aux marchés a fait dégringoler simultanément les cours des actions et des obligations, rendant inopérante la diversification des risques dans un portefeuille équilibré.

– Roger Aliaga-Díaz, Vanguard – Étude sur le portefeuille 60/40

Cela ne signifie pas qu’il faille abandonner la diversification, mais qu’il faut la repenser. La véritable diversification ne peut plus se contenter de mélanger deux actifs cotés en bourse. Elle doit rechercher des sources de rendement structurellement différentes et moins sensibles aux mêmes chocs économiques.

Fonds communs vs FNB : pourquoi payer 2% de frais de gestion vous coûte 100 000 $ à la retraite ?

Avant même de songer à reconstruire une allocation d’actifs sophistiquée, il faut s’attaquer à l’ennemi numéro un du rendement à long terme : les frais de gestion excessifs. Au Canada, de nombreux investisseurs détiennent encore leur épargne dans des fonds communs de placement (FCP) dont les ratios de frais de gestion (RFG) dépassent souvent les 2%. Ce chiffre peut paraître anodin, mais sur une carrière d’épargne, son impact est cataclysmique. Payer 2% de frais chaque année signifie que sur un portefeuille de 100 000 $, 2 000 $ partent en fumée, que le marché monte ou baisse. Sur 30 ans, avec la magie des intérêts composés qui travaillent contre vous, cette différence peut représenter des centaines de milliers de dollars de manque à gagner.

L’alternative, aujourd’hui largement accessible, réside dans les fonds négociés en bourse (FNB). Ces produits, qui répliquent passivement des indices boursiers, offrent une diversification instantanée à des coûts dérisoires. Les FNB d’allocation d’actifs « tout-en-un » comme VGRO (80% actions, 20% obligations) ou VBAL (60/40) ont des RFG d’environ 0,24%. C’est presque dix fois moins cher qu’un FCP équivalent. Cette différence de 1,76% par an, réinvestie dans votre portefeuille, crée une immense richesse au fil du temps.

L’argument des conseillers en FCP est souvent que leur gestion « active » justifie les frais plus élevés. Pourtant, une écrasante majorité d’études démontre que très peu de gestionnaires actifs parviennent à battre leur indice de référence de manière constante après frais. En optant pour les FNB, vous acceptez le rendement du marché, mais vous vous assurez de le conserver presque entièrement. La transition des FCP vers les FNB n’est pas une simple optimisation ; c’est l’acte fondateur de la reprise en main de votre avenir financier. C’est la première étape, non-négociable, pour construire un portefeuille performant.

Votre plan d’action : migrer des fonds communs vers les FNB

  1. Analyser vos fonds actuels : Consultez le document « Aperçu du fonds » pour chaque FCP que vous détenez. Repérez le Ratio de Frais de Gestion (RFG) et identifiez les commissions de suivi cachées.
  2. Ouvrir un compte de courtage à escompte : Comparez les offres de plateformes comme Questrade, Disnat, ou Banque Nationale Courtage Direct. L’objectif est de trouver celle qui propose des achats de FNB sans commission et des frais de transaction minimaux.
  3. Vendre les FCP et migrer vers des FNB : Une fois le compte ouvert, vendez vos parts de FCP et utilisez les fonds pour acheter des FNB. Pour une simplicité maximale, les FNB d’allocation d’actifs tout-en-un comme VGRO ou VBAL sont un excellent point de départ.
  4. Automatiser l’investissement : Mettez en place des virements automatiques et des programmes d’achats périodiques pour investir de manière disciplinée sans intervention manuelle.
  5. Réévaluer annuellement : Même avec une stratégie passive, prenez le temps une fois par an de vérifier que votre allocation correspond toujours à votre tolérance au risque et à votre horizon de placement.

Mettre en œuvre cette transition est la première victoire tangible dans la construction d’un patrimoine efficace. Pour bien maîtriser cette démarche, il est utile de revoir les étapes clés de ce plan de migration.

Private Equity et Dette privée : comment accéder aux rendements des institutionnels en tant que particulier ?

Le premier pilier de la reconstruction de votre portefeuille, après avoir éliminé les frais excessifs, est la diversification structurelle. Cela signifie aller au-delà des actions et obligations traditionnelles pour intégrer des classes d’actifs qui fonctionnent différemment. Historiquement, les grands investisseurs institutionnels (fonds de pension, fonds de dotation) tirent une partie importante de leur surperformance d’actifs non cotés comme le private equity (capital-investissement) et la dette privée. Ces marchés offrent des profils de rendement/risque distincts, souvent décorrélés des marchés publics. Le problème ? Ils étaient jusqu’à récemment inaccessibles à l’investisseur particulier.

Heureusement, l’innovation financière a changé la donne. Le marché canadien des FNB est en pleine ébullition, avec, selon les données récentes du marché, près de 180 nouveaux FNB lancés au Canada rien qu’en 2024. Parmi eux, une nouvelle catégorie de produits gagne en popularité : les FNB de stratégies alternatives liquides. Ces fonds permettent d’obtenir une exposition à des stratégies inspirées du private equity, de la dette privée, du crédit long/short ou des fusions-acquisitions, le tout dans un format liquide et accessible via un simple compte de courtage.

Ces FNB alternatifs ne sont pas une solution miracle, et leurs frais sont généralement plus élevés que ceux des FNB indiciels classiques (souvent entre 0,50% et 1,50%). Cependant, leur objectif est de fournir une source de rendement qui ne dépend pas de la direction générale des marchés boursiers. Une petite allocation (par exemple, 10 à 20% du portefeuille) à ce type de stratégies peut considérablement améliorer la robustesse globale en réduisant la volatilité et en offrant un potentiel de croissance même lorsque les marchés traditionnels stagnent ou baissent. L’idée est d’ajouter un moteur de performance supplémentaire qui suit sa propre logique.

  • FNB alternatifs canadiens à considérer : Fidelity Alternatif canadien (FCLS), CI Liquid Alternatives (CMIX).
  • Analyse de la corrélation : Avant d’investir, consultez toujours la fiche technique du FNB pour analyser sa corrélation historique avec les indices boursiers comme le S&P/TSX. L’objectif est de trouver une corrélation la plus faible possible.

Risque de change : pourquoi garder 100% de votre patrimoine en dollars canadiens est dangereux ?

Le deuxième pilier d’un portefeuille robuste est la diversification monétaire. Les investisseurs canadiens souffrent souvent d’un fort « biais domestique » : ils surinvestissent massivement dans les actions et obligations de leur propre pays. Si cette approche peut sembler patriotique et simple, elle expose le portefeuille à un risque majeur et souvent sous-estimé : le risque de change. Le marché canadien ne représente qu’environ 3% de la capitalisation boursière mondiale. Concentrer 100% de son patrimoine dans cette petite tranche, c’est parier implicitement que l’économie canadienne et le dollar canadien surperformeront le reste du monde, indéfiniment.

Détenir une partie significative de ses actifs en devises étrangères (dollar américain, euro, yen, etc.) n’est pas une spéculation, c’est une assurance. Si le dollar canadien venait à faiblir sur le long terme, la valeur de vos placements internationaux, une fois reconvertie en CAD, augmenterait mécaniquement, protégeant ainsi votre pouvoir d’achat. Un excellent exemple de cet outil de diversification est le FNB Vanguard FTSE Global All Cap ex Canada (VXC), qui offre une exposition à des milliers d’entreprises mondiales tout en excluant le Canada. Il constitue le complément parfait à un FNB canadien comme VCN, permettant de construire une base d’actions véritablement globale.

Cette image illustre parfaitement le concept de diversification monétaire, où différentes devises composent un ensemble global et équilibré, réduisant la dépendance à une seule économie.

Représentation visuelle de la diversification monétaire dans un portefeuille d'investissement global

Lors de l’investissement à l’international, une question se pose : faut-il opter pour des FNB avec ou sans couverture de change (« hedged » vs « unhedged ») ? La couverture vise à neutraliser les fluctuations de devises, mais elle a un coût qui grignote le rendement. Pour un investisseur à long terme, l’approche la plus simple et la moins coûteuse est généralement de ne pas couvrir le risque de change, acceptant la volatilité des devises comme une source de diversification à part entière.

Le tableau suivant résume les avantages et inconvénients de chaque approche, permettant de faire un choix éclairé selon le contexte anticipé du dollar canadien.

Comparaison des FNB avec et sans couverture de change
Type de FNB Avantages Inconvénients Contexte idéal
FNB avec couverture (hedged) Protection contre les fluctuations du CAD Frais plus élevés (0,10-0,20% de plus) CAD faible ou en baisse anticipée
FNB sans couverture (unhedged) Exposition aux devises étrangères, frais réduits Volatilité additionnelle du change Diversification monétaire recherchée

Localisation des actifs : pourquoi mettre vos obligations dans le CELI est un gaspillage d’espace fiscal ?

Le troisième et peut-être le plus puissant levier de performance est l’efficience fiscale active, ou « localisation des actifs ». Ce concept ne consiste pas à payer moins d’impôts, mais à structurer ses placements pour maximiser le rendement *après* impôts. L’erreur la plus commune des investisseurs canadiens est de ne pas faire la distinction entre leurs différents types de comptes : le compte d’épargne libre d’impôt (CELI), le régime enregistré d’épargne-retraite (REER) et le compte non enregistré (imposable). Chaque compte a un traitement fiscal unique, et y placer le bon type d’actif peut faire une différence de plusieurs dizaines de milliers de dollars à terme.

La règle d’or est la suivante : on place les actifs les moins fiscalement avantageux dans les comptes les plus abrités. Mettre des obligations ou des CPG dans un CELI est un exemple classique de gaspillage. Les revenus d’intérêts sont imposés à 100% dans un compte non enregistré. Le CELI, qui annule complètement l’impôt, devrait donc être réservé en priorité aux actifs avec le plus fort potentiel de croissance et la plus lourde fiscalité, comme les actions de croissance. À l’inverse, le REER est idéal pour les actifs américains, car un traité fiscal entre le Canada et les États-Unis y annule la retenue de 15% sur les dividendes, un avantage qui n’existe ni en CELI ni en compte non enregistré.

La stratégie d’optimisation fiscale consiste à assembler les pièces du puzzle de la manière la plus efficace possible, comme le suggère cette image où chaque pile de monnaie représente un type de compte optimisé.

Visualisation de la stratégie d'optimisation fiscale pour différents comptes d'investissement

Dans un compte non enregistré, l’objectif est de minimiser l’impôt payable annuellement. Les FNB de capitalisation comme le Horizon S&P/TSX 60 (HXT) sont parfaits pour cela. En réinvestissant les dividendes sans les distribuer, ils transforment ce qui aurait été un revenu imposable annuellement en un gain en capital, imposable à seulement 50% et uniquement lors de la vente. C’est un puissant outil de report d’impôt.

Ce tableau offre un guide simplifié pour une allocation optimale des actifs, servant de feuille de route pour structurer intelligemment son patrimoine.

Guide d’allocation optimale par type de compte
Type d’actif CELI REER Non enregistré
Actions canadiennes à dividendes Bon choix Acceptable Crédit d’impôt applicable
Actions américaines Retenue 15% Idéal (exemption retenue) Retenue 15%
Obligations Gaspillage Bon choix Imposition complète
FNB de capitalisation (HXT) Excellent Bon Report d’impôt

Impôt en main remboursable (IMRTD) : comment récupérer les 50% d’impôt payés sur vos revenus de placement ?

Pour les entrepreneurs et les professionnels incorporés (médecins, avocats, consultants), l’optimisation fiscale peut être poussée à un niveau supérieur grâce à une arme redoutable : le mécanisme de l’impôt en main remboursable au titre de dividendes (IMRTD). Cette stratégie, parfaitement légale, permet de réduire considérablement le fardeau fiscal sur les revenus de placement générés au sein d’une société de gestion. C’est un exemple parfait d’efficience fiscale active pour une catégorie spécifique d’investisseurs autonomes.

Le principe est le suivant : lorsqu’une société privée génère des revenus de placement (intérêts, dividendes), elle est initialement imposée à un taux très élevé, proche de 50%. Cependant, une partie de cet impôt (environ 30,67%) est créditée dans un compte notionnel, l’IMRTD. Cet impôt n’est pas perdu ; il est « remboursable » à la société lorsque celle-ci verse un dividende à son actionnaire. Le résultat est un puissant mécanisme de report et de récupération d’impôt. Par exemple, pour un professionnel incorporé avec des liquidités excédentaires, investir via sa société plutôt qu’à titre personnel permet de faire croître le capital à l’abri de l’impôt personnel, tout en récupérant une grande partie de l’impôt corporatif lors des retraits.

Cette stratégie est particulièrement efficace avec les revenus d’intérêts et les dividendes de sociétés canadiennes, car ils maximisent le crédit IMRTD généré. Les gains en capital, bien que bénéficiant d’un taux d’inclusion de 50%, sont moins avantageux dans cette optique. L’utilisation de FNB distribuant des dividendes canadiens éligibles au sein d’une société de gestion devient alors un outil stratégique de premier ordre. Cela transforme la société d’un simple véhicule professionnel en un puissant outil de capitalisation et de planification de la retraite, bien plus flexible et fiscalement avantageux qu’un REER plafonné.

À retenir

  • Le dogme du 60/40 est obsolète : La diversification passive actions/obligations ne garantit plus la protection dans un environnement de corrélation changeante.
  • La robustesse exige une approche active : La construction d’un portefeuille moderne repose sur trois piliers : la diversification structurelle (alternatifs), monétaire (hors CAD) et l’efficience fiscale.
  • Les frais sont votre principal ennemi : La transition des fonds communs de placement (FCP) vers les fonds négociés en bourse (FNB) à bas frais est l’étape la plus rentable de votre parcours d’investisseur.
  • L’optimisation fiscale est un rendement caché : La localisation stratégique de vos actifs entre CELI, REER et compte non enregistré est aussi importante que le choix des actifs eux-mêmes.

Retrait à la retraite : comment éviter de vendre vos actions lors d’un crash boursier ?

Tous les principes de construction de portefeuille convergent vers un moment critique : la phase de décaissement à la retraite. C’est ici que la robustesse d’une allocation est véritablement mise à l’épreuve. Vendre des actifs pour financer son train de vie est une chose, mais être forcé de vendre ses actions en plein crash boursier en est une autre. C’est ce qu’on appelle le risque de séquence des rendements : une mauvaise performance des marchés au début de la retraite peut amputer un portefeuille de manière irrémédiable, car on vend plus d’unités à bas prix pour obtenir le même montant en dollars.

Pour contrer ce risque, une stratégie bien plus efficace que le 60/40 est celle des « trois seaux de liquidité ». Cette approche structure les actifs non pas par classe, mais par horizon de temps de dépense.

  • Seau 1 (Besoins à court terme : 0-2 ans) : Ce seau contient l’équivalent de deux ans de dépenses de retraite en liquidités, dans un compte d’épargne à intérêt élevé ou des CPG à court terme. C’est votre bouclier anti-panique. En cas de crash, vous puisez ici sans toucher à vos placements.
  • Seau 2 (Besoins à moyen terme : 3-7 ans) : Il est rempli avec environ cinq ans de dépenses, investies dans des obligations à court et moyen terme ou des FNB d’obligations (comme ZAG ou XBB). Moins volatile que les actions, ce seau sert à recharger le Seau 1.
  • Seau 3 (Croissance à long terme : 8+ ans) : Tout le reste du capital est investi pour la croissance à long terme dans un portefeuille d’actions diversifié mondialement (ex: un mélange de VCN et VXC). C’est le moteur de votre portefeuille.

La gestion est dynamique. Durant les bonnes années de marché, on écrème les profits du Seau 3 pour remplir les Seaux 1 et 2. Durant les mauvaises années, on laisse le Seau 3 tranquille et on vit sur les réserves des deux premiers seaux, donnant ainsi au marché actions le temps de récupérer. Cette méthode remplace l’espoir passif par une gestion active et mécanique du risque, vous assurant de ne jamais être un vendeur forcé au pire moment.

Pour mettre en place une allocation d’actifs qui correspond véritablement à vos objectifs et à votre tolérance au risque, l’étape suivante consiste à réaliser un audit complet de votre portefeuille actuel et à élaborer un plan de transition stratégique.

Questions fréquentes sur la fiscalité des placements pour entrepreneurs

Qui peut bénéficier de l’IMRTD?

Les propriétaires de petites entreprises, professionnels incorporés (médecins, dentistes, avocats, comptables) et entrepreneurs avec des liquidités excédentaires dans leur société.

Quels types de revenus optimisent l’IMRTD?

Les dividendes de sociétés canadiennes et les revenus d’intérêts génèrent le maximum de crédit IMRTD, contrairement aux gains en capital qui sont moins avantageux.

Quel est l’avantage principal de cette stratégie?

Le report d’impôt et la possibilité de récupérer une partie importante de l’impôt payé sur les revenus de placement lors de la distribution de dividendes.

Rédigé par Elena Petrova, Gestionnaire de portefeuille agréée (CFA) et stratège en investissement, spécialisée dans la gestion de patrimoine privé et les marchés boursiers nord-américains. Elle cumule 20 ans d'expérience dans l'analyse des actions à dividendes, des ressources naturelles et la planification de retraite.